Père-Lachaise, un Bellu plus grand – la beauté entre Paris et le Petit Paris

Paris possède un cimetière qui respire l’histoire à chaque pas. Bucarest en a un qui respire l’âme. Père-Lachaise et Bellu sont deux miroirs reflétant la même vanité humaine – l’un en cristal français, l’autre en verre roumain. L’un parle de la gloire universelle, l’autre de la noblesse perdue du Petit Paris.

La ville de ceux qui ne meurent jamais

Père-Lachaise, s’étendant sur plus de 44 hectares, est une ville à part entière. Ses allées portent le nom de saints, philosophes et écrivains. Les mausolées s’élèvent comme de petites cathédrales. Les sculpteurs français – David d’Angers, Auguste Bartholdi, Albert Bartholomé – ont transformé la mort en art. Ici, le sommeil éternel prend des proportions architecturales.

Thiers et Barras, Balzac et Proust, Édith Piaf et Jim Morrison, Oscar Wilde et Chopin, Abélard et Héloïse, Apollinaire, Musset, Ana Brâncoveanu, comtesse de Noailles, Pissarro, Seurat, Delacroix. Derrière chaque pierre, une époque entière.

Chez Wilde, le mur de verre est couvert des traces de rouges à lèvres, malgré l’interdiction. Chez Morrison, on fume discrètement, comme à un concert underground éternel.

Gustave Le Bon, le psychologue des foules, est lui aussi là – discret, comme sa théorie du comportement des masses – et non loin, sous la même tranquillité surveillée par les cyprès, repose Jean-Baptiste Say, celui qui formule la loi selon laquelle, sur un marché libre, l’offre crée sa propre demande.

Un peu plus loin, Auguste Comte – le père de la sociologie et du positivisme – semble relier ces mondes. Entre l’irrationalité des foules décrite par Le Bon et la mécanique optimiste des marchés de Say, Comte rêve d’une société régie par des lois aussi précises que celles de la physique. « Ordre et progrès », écrit-il, non comme slogan, mais comme promesse du XIXe siècle : un monde où la science pourrait remplacer l’autel et le chaos historique.

Et quelque part, près de l’Avenue de la Chapelle, dans une division retirée, repose George Enescu. Il meurt à Paris en 1955 et est inhumé à Père-Lachaise, comme Georges Bizet. Enescu parvient à faire résonner l’éternité là où la musique est religion.

Père-Lachaise est aussi le lieu d’Amedeo Modigliani, le peintre qui fait vibrer le visage humain dans ses lignes allongées. Ici aussi, on sent la présence de mondes disparates : dramaturges et philosophes, musiciens de jazz et activistes, chaque pierre raconte sa propre histoire.

Bellu – le pendant sentimental de l’éternité

Bellu est un Père-Lachaise raconté en roumain. Ici, le recueillement prime sur le tourisme. Les gens viennent déposer des fleurs sans selfie.

Le lieu où les écrivains sont enterrés côte à côte constitue un manuel de culture nationale : Mihai Eminescu et Ion Luca Caragiale, Mihail Sadoveanu et George Coșbuc, George Călinescu et Zaharia Stancu. Puis Marin Preda et Nichita Stănescu, ou Adrian Păunescu et Eugen Barbu.

À proximité relative reposent Dumitru Popescu – dit « Dieu », Mircea Nedelciu, Laurențiu Ulici, Romulus Rusan, Alexandru Macedonski, Nicolae Labiș, Liviu Rebreanu, George Bacovia, Perpessicius, Vasile Voiculescu, Mateiu Caragiale, Ion Barbu, Alexandru Vlahuță, Petre Ispirescu, Ion Minulescu, Camil Petrescu, Cezar Petrescu, Urmuz, Hortensia Papadat-Bengescu, Ion Marin Sadoveanu, Cincinat Pavelescu, Radu Gyr, Ion Vinea, Victor Eftimiu, Victor Ion Popa, Ovid Densușianu, Șt. O. Iosif, B. Jordan, Damian Stănoiu, Panait Istrati, Ion Pillat, Elena Văcărescu, Augustin Buzura, Dumitru Radu Popescu, Eugen Jebeleanu, Gellu Naum, Dan Botta, Nicolae Velea, Sorin Titel, Fănuș Neagu, Jean Bart, Cezar Baltag, Dimitrie Stelaru, Adrian Maniu, Leonid Dimov, Dan Deșliu, Paul Everac, Vintilă Corbul, Corneliu Leu, Mihail Sorbul, Eusebiu Camilar, Ion Dodu Bălan, Rodica Ojog Brașoveanu, Traian T. Coșovei.

Ou encore Ștefan Augustin Doinaș – aux côtés d’Irinel Liciu, celle qui l’a tant aimé que la vie n’avait plus de sens après la disparition du grand écrivain.

Chaque pierre est une phrase.

Les sculpteurs roumains, poètes de marbre et de bronze: Karl Storck, Ion Georgescu, Carol Storck, Frederic Storck, Oscar Späthe, Wladimir C. Hegel, Filip Marin, Dumitru Mățăoanu, Constantin Bălăcescu, Lidia Kotzebue, Dimitrie Paciurea, Cornel Medrea, Oscar Han, Ion Irimescu, Ion Jalea, Dimitrie Mirea, Teodor Burcă, Spiridon Georgescu, Constantin Baraschi, Mihai Onofrei et Boris Caragea.

À eux s’ajoutent des artistes étrangers : Rafaelo Romanelli, August Préault, Ernest Dubois, Denys Puech, Albert Bartholomé, Antonio Rescaldani, Giovanni Scarfi et Ettore Cadorin. Leurs œuvres transforment Bellu en musée à ciel ouvert.

Les visages de Theodor Aman, Constantin Tănase, Grigore Vasiliu-Birlic, Ion Voicu, Maria Tănase, Dem Rădulescu, Sică Alexandrescu regardent l’éternité avec une sérénité presque théâtrale.

Parmi ces maîtres, une présence féminine exceptionnelle : Milița Petrașcu, élève de Bourdelle à Paris et collaboratrice de Brâncuși à Bucarest. Elle laisse à Bellu quelques-unes des plus délicates compositions funéraires – bustes de femmes au regard baissé, anges jeunes aux gestes de marbre vivant.

D’une certaine manière, Petrașcu est le lien qui unit les deux cimetières : formation parisienne et sensibilité roumaine.

Une autre présence remarquable est Iulia Hasdeu, fille prodige de Bogdan Petriceicu Hasdeu, morte à seulement 18 ans. Sa poésie et ses rêves inachevés font d’elle une Héloïse roumaine – talent, amour et douleur condensés dans le marbre délicat de sa tombe.

Les palais de marbre du Petit Paris

Mais Bellu n’est pas seulement un musée de poètes et d’acteurs. C’est aussi un testament de ceux qui ont construit Bucarest moderne avec argent et goût.

L’un des monuments les plus imposants de Bellu est le caveau de Gheorghe Grigore Cantacuzino, dit « Nababul », homme d’affaires, Premier ministre et collectionneur qui s’est construit une légende du luxe de son vivant et au-delà. Le mausolée Cantacuzino est un bijou architectural, signé Frederic Storck et des architectes formés à l’esprit néoclassique de l’École d’architecture de Paris. Avec ses vitraux, bronzes et pierres rares, le caveau rivalise avec le Palais Cantacuzino de la Calea Victoriei – aujourd’hui Musée George Enescu.

À quelques pas, le caveau des frères Evloghie et Hristo Gheorghiev, grands banquiers et philanthropes d’origine bulgare, rappelle qu’à la Belle Époque, capital et esthétique vont de pair. Construit entre 1902 et 1907 par Ion Mincu, il est un chef-d’œuvre de l’architecture néo-roumaine.

Dans l’atelier de Mincu, travaillent Camil Sarvasy, Alexandru Clavel et Edmond van Saanen Algi, donnant à l’édifice une élégance byzantine et un raffinement occidental unique.

Le caveau Gheorghiev est peut-être le meilleur exemple de l’ambition esthétique du Bucarest du début du XXe siècle – un temple de la mémoire élevé par ceux qui ont fait fortune grâce aux banques et l’ont investie dans la culture. À Bellu, art et religion s’entrelacent. Les anges ne sont pas seulement des symboles, mais des personnages. Certains semblent pleurer, d’autres réfléchir. Parfois, le temps efface leurs visages, jamais leur expression.

Hommes et biographies à Bellu

À côté de Cantacuzino et Gheorghiev, il faut citer et célébrer Ienăchiță Văcărescu, Lascăr Catargiu, Dimitrie Sturza, Ion Câmpineanu, Alexandru G. Golescu dit « Arăpilă », Alexandru Mavrocordat, Dimitrie Ghica, Anastase Simu, Gheorghe Manu, Dimitrie C. Brătianu, Alexandru Marghiloman, ainsi que la famille Lahovari, et les ministres conservateurs Alexandru, Iacob et Ion, ce dernier père de la princesse Martha Bibescu.

Et naturellement : C.A. Rosetti, Ion Heliade-Rădulescu, Cristian Tell, Cezar Bolliac, Nicolae Filipescu, Alexandru Odobescu, August Treboniu Laurian, Titu Maiorescu, Ioan Constantin Filitti, Spiru Haret, Nicolae Filimon, Grigore Alexandrescu, Alexandru Flechtenmacher, Ilarie Chendi, Nicolae Iorga, Virgil Madgearu, Victor Iamandi, Mihail Moruzov, Ioan Brătescu-Voinești, capitaine Pavel Zăgănescu, général Ioan Dragalina, général Constantin Sănătescu, amiral Dimitrie Lupașcu, amiral Vasile Urseanu, Ioan Kalinderu, Dumitru Marinescu Bragadiru, Gheorghe Assan, Grigore Capșa, Grigore Gafencu, Mihail Manoilescu, Mitiță Constantinescu, Pache Protopopescu, C.F. Robescu, Dimitrie Dobrescu, Gheorghe Tătărescu, Constantin Titel Petrescu, Sergiu Cunescu, monseigneur Vladimir Ghika, Corneliu Coposu.

Ou encore : Aurel Vlaicu, Henri Coandă, Traian Vuia, Mircea Zorileanu, Anghel Saligny, Dimitrie Gusti, Dimitrie Leonida, Dimitrie Brândză, Petrache Poenaru, Elie Carafoli, Ermil Pangrati, Stanislas Cihoski, Gheorghe et Șerban Țițeica, Octav Onicescu, Petre Antonescu, Horia Creangă, Louis Blanc, Grigore Cerchez, Paul Smărăndescu, Emil Prager, Nae Ionescu, Cella Delavrancea, Ana Aslan, Victor Gomoiu, Constantin Gerota, Gheorghe Marinescu, Nicolae Ionescu-Sisești, Grigore Romniceanu, Nicolae Hortolomei, Marius Nasta, Gheorghe Polizu, Mina Minovici, Nicolae Paulescu, Nicolae Kretzulescu, Constantin Esarcu, Vasile A. Urechia, Vasile Pârvan, Alexandru Xenopol, Simion Mehedinți, Constantin et Dinu Giurescu, Constantin Moisil, Anghel Rugină, Ion Bianu, Ion Brezoianu, Alexandru Graur, Șerban Cioculescu, Tudor Vianu, Mihai Ungheanu, Alexandru Balaci, Tudor Mușatescu, Eugen Simion, Iorgu Iordan, Andrei Bantaș, Dan Grigorescu, Alexandru Paleologu, Neagu Djuvara, Răzvan Theodorescu, Cristian Popișteanu, Mihai Flamaropol, Lia Manoliu, Ivan Patzaichin, Jean et Dora Dalles, Hariclea Darclée, Alexandru Tzigara-Samurcaș, Barbu Brezianu, Ștefan Luchian, Ion Andreescu, Theodor Pallady, Nicolae Dărăscu, Camil Ressu, Iosif Iser, Jean Al. Steriadi, Nicolae Vermont, Petre Serafim, Dumitru Ghiață, Viorel Mărginean, Alexandru Phoebus, Corneliu Baba et Ștefan Dumitrescu.

Journalistes : Constantin Mille, Anton Bacalbașa, Gheorghe Panu, Ștefan Mihăileanu, Luigi Cazzavillan, Mihail Burileanu, Ioan Chirilă, Anton Uncu, Aristide Buhoiu, George Pruteanu, Tudor Vornicu, Radu Budeanu, Romeo Vilara.

Et aussi Sanda Marin, pseudonyme de l’auteure Cecilia Maria Zapan, née à Iași en 1890 et décédée à Bucarest en 1961.

Le grand et le petit Paris

Père-Lachaise est le miroir du Grand Paris, Bellu est le reflet du Petit Paris. Dans les deux, l’architecture funéraire suit l’architecture de la vie.

Lorsque Bucarest trace ses boulevards haussmanniens, Bellu s’aligne également à la mode : chapelles néogothiques, croix néorenaissance, obélisques égyptiens.

Comme la capitale roumaine aspire à ressembler à Paris, son grand cimetière veut respirer le même air de mélancolie élégante.

Bellu est une réponse roumaine à une question parisienne : comment rendre la mort belle ? La différence tient seulement à la température.

Père-Lachaise est rationnel et monumental. Bellu est intime et sentimental. Les Français font de l’éternité une composition esthétique. Les Roumains – une poésie.

Destins en miroir

Il est fascinant de voir comment les deux cimetières rassemblent non seulement des morts célèbres, mais aussi des biographies parallèles.

Elvira Popescu, née à Bucarest et adorée à Paris, repose également à Père-Lachaise, près de Molière. Notre Elvire, comme l’appellent les Français, est le symbole parfait du pont culturel entre les deux mondes.

À Bellu, d’autres étoiles du même firmament : Toma Caragiu, Radu Beligan, Amza Pellea, Gheorghe Dinică, Ion Lucian, Ion Caramitru, Marin Moraru, Ion Besoiu, Adrian Pintea, Ion Finteșteanu, Leopoldina Bălănuță, Mitică Popescu, Florian Pittiș, Anda Călugăreanu, Fory Etterle, Marcel Anghelescu, Ovidiu Iuliu Moldovan, Jean Lorin Florescu, George Constantin, Vladimir Găitan, Gheorghe Cozorici, Emil Hossu, Colea Răutu, Mișu Fotino, Ion Dichiseanu, Petre Gheorghiu, Dina Cocea, Florina Cercel, Vasile Nițulescu, Olga Tudorache, Ștefan Radof, Cornel Vulpe, Ernest Maftei, Cornel Coman, Dumitru Furdui, Șerban Ionescu, Dan Tufaru, Geo Costiniu, Nuni Anestin, Cristina Stamate, Dinu Manolache, Monica Ghiuță, Marga Barbu, Ilinca Tomoroveanu, Traian Stănescu, Cornel Vulpe, Gina Patrichi, Iurie Darie, Sebastian Papaiani, Alexandru Arșinel, Szabolcs Cseh, Mihaela Juvara, Octavian Cotescu, Valeria Seciu.

Ou Emanoil Petruț avec son grand amour Catinca Ralea.

Théâtre et musique comme résistance

Aux côtés de Millo, Pascaly, Nottara, Maria Filotti, Aristide Demetriade, Petre Liciu, Alexandru Davila, Giugaru, Calboreanu, Ciubotărașu, Cazaban, Iancovescu, Ion Manolescu, Victor Antonescu, Elvira Godeanu, Costache Antoniu, Irina Răchițeanu – Șirianu, Jean Georgescu, Băieșu, Baranga, Bocăneț, Ciulei, Șahighian, Nicolaescu, Pintilie, Gabrea, Vlad Mugur, Cătălina Buzoianu, Alexandru « Ducu » Darie, Alexandru Tocilescu, Malvina Urșianu, Valeriu Moisescu et Andrei Blaier. Une génération entière qui a fait du théâtre et du cinéma une forme de résistance.

Musiciens : Laura Stoica, Anca Parghel, Leo Iorga, Tatiana Stepa, Pascal Bentoiu, Gherase Dendrino, Zeno Vancea, Ion Vasilescu, Cornel Fugaru, Florin Bogardo, Dan Iordăchescu, Dorin Teodorescu, Dan Spătaru, Dorina Drăghici, Ionela Prodan, Grigoraș et Sile Dinicu, Ionel Budișteanu, Paraschiv Oprea, Nicu Stoenescu, Angela Moldovan, Gică Petrescu, Ion Dolănescu, Naarghita.

Humoriste : Vasile Vasilache, mort lors du bombardement anglo-américain du 4 avril 1944. L’actrice de « Steaua fără nume » de Mihail Sebastian, Nora Piacentini, également inhumée à Bellu, fut l’épouse de Stroe, membre du célèbre duo ayant lancé en 1929 à Radio Bucarest « Ora veselă », avec le premier jingle roumain authentique :

Alo, alo, ici Radio / Stroe et Vasilache… lache… lache

Gheorghe Bezviconi – l’académicien-portier

Et ici apparaît un personnage unique du Petit Paris : Gheorghe Bezviconi, académicien devenu portier à Bellu, dévoué à la documentation des tombes et sculptures funéraires.

Il inventorie des centaines de monuments, rédige plusieurs ouvrages sur Bellu et les autres cimetières de la capitale, tels que Necropola Capitalei, et préserve ainsi la mémoire artistique et historique de Bucarest.

Monographie, que nous reproduisons intégralement :

À la fin de l’année 1877, la ville comptait 17 cimetières. Trois cimetières orthodoxes communaux : Șerban Vodă (Bellu), Sf. Vineri Nouă en dehors de la barrière de Tîrgovişte, et Sf. Troiţă (Ghencea) en dehors de la barrière Spirea. Un cimetière orthodoxe privé : Sf. Gheorghe Nou (Capra) sur la route de Pantelimon. Un cimetière militaire près du cimetière Șerban Vodă. Cinq cimetières orthodoxes privés avec restriction : Izvorul dintre vii, sur la route de Dudești, uniquement pour les paroissiens ; Iancu Nou sur la route de Moșilor, uniquement pour les paroissiens ; Tîrcă sur la route de Vitan, uniquement pour les paroissiens ; Cuțitul de Argint sur la colline de Filaret, uniquement pour l’hôpital Brâncovenesc ; le cimetière de l’Eforie des hôpitaux près de Mărcuța. Un cimetière catholique près de Șerban Vodă. Deux cimetières protestants : celui de la communauté évangélique sur la route de Filantropia et celui de la communauté calviniste près du cimetière communal Sf. Vineri. Un cimetière arménien sur la route de Mărcuța. Deux cimetières israélites : celui des Israélites polonais près du cimetière évangélique et celui des Israélites espagnols sur la colline de Filaret. Un cimetière pour les décès survenus à la prison de Văcărești, entre le cimetière militaire et le cimetière catholique. Les Ottomans sont enterrés au cimetière Sf. Troiță (Ghencea). À partir de 1878, les cimetières privés sont également soumis au règlement des cimetières élaboré par le Conseil d’hygiène en 1875.

Depuis septembre 1858, Bucarest bénéficie de son premier cimetière moderne : Bellu. Situé à l’extérieur de la ville, selon le modèle occidental, il répond aux préoccupations sanitaires de l’époque et marque le début de la transition depuis les anciennes inhumations dans les cours d’églises.

Peu après, les autorités adoptent le règlement des enterrements, imposant que ceux-ci aient lieu uniquement dans des cimetières autorisés.

Le cimetière Șerban Vodă s’étend alors de 15 hectares, donnés par le baron Barbu Bellu à la municipalité en 1852, à 28 hectares aujourd’hui.

Au-delà de l’histoire : musique et mémorialisation

En août 1972, à la publication de l’ouvrage, Dan Berindei écrit dans la préface que l’œuvre du regretté historien, «chercheur infatigable et productif du passé, apprécié en Roumanie et à l’étranger», se voit postérieurement enrichie par ce nouveau volume, dépassant le cadre d’un simple instrument de travail.

Malheureusement, Bezviconi meurt en avril 1966 d’une cirrhose, à 56 ans, et est inhumé dans le cimetière qu’il protégeait.

Il n’est pas le seul académicien à bénéficier d’un tel traitement. Costin C. Kirițescu, également enterré à Bellu, travaille dans les années 1950 comme pointeur.

Musiciens et artistes des générations

La tombe de Valeriu Sterian se trouve près du caveau de la famille Cantacuzino. La pierre funéraire, en marbre noir, porte l’inscription « Valeriu Octavian Sterian » et le message : « Viens, Seigneur, voir ce qu’il reste des hommes ».

À quelques pas, la tombe de Cristian Pațurcă, symbole de la Golaniad des années 1990, avec épitaphe signée Dr. Barbi : « Et j’entends et tu entends / le vent dans les mûriers ! »

Bellu a ses propres « Morrison » – figures d’une époque où la musique était la voix d’une génération rêvant et luttant pour la liberté et l’authenticité.

Père-Lachaise et la magie du cinéma

À Père-Lachaise repose Georges Méliès, magicien et pionnier du cinéma. Son œuvre inspire le film Hugo de Martin Scorsese, qui évoque le Paris du début du XXe siècle.

À Bellu, un autre visionnaire du cinéma : Ion Popescu-Gopo, connu pour ses films d’animation et le succès au Festival de Cannes 1957 avec le court-métrage Scurtă istorie.

Les deux cimetières rassemblent non seulement la mémoire des morts, mais aussi l’esprit créatif des générations qui façonnent la culture visuelle et musicale de leur époque.

L’économie de la mémoire

Pris ensemble, Père-Lachaise et Bellu racontent l’histoire du capital culturel. Comment les villes investissent non seulement dans les murs et les boulevards, mais aussi dans la mémoire de ceux qui construisent leur identité.

À Père-Lachaise, les touristes cherchent les célébrités. À Bellu, les gens cherchent le sens. Les Français viennent photographier la mort ; les Roumains viennent la comprendre.

Et peut-être est-ce pour cela que Bellu, ce Père-Lachaise plus petit, semble parfois plus vivant.

La noblesse d’une ville

À Bucarest, la mort n’est pas une séparation, mais une conversation qui continue à voix basse.

La noblesse d’une ville ne se voit pas dans ses villas, mais dans la manière dont elle honore ses morts. Bellu et Père-Lachaise le montrent à leur manière: les Français monumentalisent, les Roumains poétisent.

Dans les deux cas, la mort devient art. La mémoire – espace public. Et la beauté, qu’elle soit française ou roumaine, continue de respirer entre les allées, parmi les croix, mausolées et tombes, comme un pont entre les générations et entre les capitales.

Je tiens à exprimer mes plus sincères remerciements à Curs de Reformare, dont la généreuse autorisation m’a permis de reprendre et d’adapter ce texte remarquable. Leur soutien et leur confiance témoignent d’un engagement profond envers la diffusion du patrimoine culturel et intellectuel, et je suis profondément honoré de pouvoir partager cette œuvre avec mes lecteurs. Que leur contribution à la préservation et à la valorisation des savoirs trouve ici l’écho qu’elle mérite, avec toute l’admiration et la reconnaissance qui leur sont dues.


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